La décadence du prestige allemand

La ville d’Ouazzane, où j’ai grandi, est connue au Maroc pour ses traditions coraniques et son artisanat dont le tissage et la tannerie sont les plus représentatifs. Mais dans notre enfance, au lendemain de l’indépendance du Maroc, nous étions, en tant que gamins, davantage intéressés par les métiers qui nous procuraient de quoi nous amuser. La toupie était l’un de nos jouets favoris. Les artisans qui les fabriquaient ne connaissaient pas le chômage. Ces façonniers effectuaient leurs opérations de fabrications, pratiquement à l’identique, en s’aidant uniquement de leur mémoire et d’outils de travail rudimentaires.

L’histoire montre que les étapes de fabrications artisanales sont des stades par lesquels les pays passent dans leur transit vers plus de progrès. Mais peu de pays ont su valoriser par l’industrialisation les métiers artisanaux comme les allemands l’ont fait. La raison en est que le système germanique d’apprentissage, unique en son genre, prévoit, depuis des siècles, l’alternance, pour les candidats en formation, d’un enseignement scolaire couplé à un apprentissage chez un « Maître d’apprentissage ». Autrement dit, s’il n y a pas de place chez le Maître d’apprentissage, il ne peut y avoir formation d’un(e) apprenti(e) qui deviendra ensuite technicien(ne), voire spécialiste. C’est l’application généralisée de cette pratique qui fait apprécier depuis longtemps les produits industriels « Made in Germany ». On retrouve ce système également dans des pays d’obédience germanique comme la Suisse.

Ainsi, l’Allemagne avait la chance de disposer des bases pour construire dessus un modèle de développement civil qui aurait pu faire référence pour les pays du monde entier. Malheureusement, la survenue de la première guerre mondiale et, surtout le Traité de Versailles qui a suivi ont, selon notre opinion, chamboulé complètement cette perspective pour les allemands.

En effet, le traité en question comportait des exigences financières, de réparations de dommages de guerre à la France en premier lieu, mais aussi à la Grande Bretagne, qui se révéleront par la suite au-dessus des possibilités de remboursement de l’Allemagne vaincue. Cette remarque fait probablement partie des éléments qui ont conduit à l’époque le Sénat américain à refuser la ratification de ce Traité. L’impossibilité de rembourser et le ressentiment des allemands ont, comme suite, constitué les ferments de l’émergence du nazisme qui a conduit à la deuxième Grande Guerre.

Lors de cette Guerre, le Danemark, petit voisin neutre du nord, a été parmi les premiers pays envahis en 1940 par les allemands. Dans ce cadre, il est rapporté qu’après un incident d’échange de tirs entre les soldats allemands et la garde royale danoise, un Colonel est sorti du palais pour s’enquérir de la situation. Remuant avec sa canne une petite masse par terre, il demanda à l’un de ses soldats : « Qu’est-ce que c’est ? ». Le soldat répondit : « Le cerveau d’un soldat allemand, mon Colonel ». Le Colonel conclut : « Voilà pourquoi ils sont aussi agressifs ; ils ont une si petite cervelle ».

Cette boutade, aussi macabre soit-elle, renvoie à une dichotomie que  nombre d’observateurs ont remarquée chez les allemands. D’un côté, ces derniers peuvent fabriquer avec performance des machines complexes. Par ailleurs, ils semblent parfois manquer de cohérence quand il s’agit de mesurer l’impact de leurs actions, ou leurs paroles sur les autres. Par exemple, ils s’évertuent à faire une séparation nette entre « nazis » et « allemands ». Comme il n’y a pas de base biologique pour une telle assertion, on peut seulement conjecturer que, par exemple,  l’argent que les allemands versent aux victimes du nazisme ferait, à terme, oublier les horreurs de la Shoah. Mais, cela passerait sous silence un détail important. Les nazis sont effectivement des fanatiques d’une souche particulièrement virulente ; mais ils ne sont pas descendus d’une autre planète sur terre. Ils sont des allemands eux aussi. J’ai le souvenir, lors d’une discussion estudiantine des années soixante-dix, de la sortie étonnante d’un Universitaire allemand qui avait déclaré : « Si Hitler avait gagné, je serais le gouverneur de Lausanne à présent ».

Le fait est que l’Allemagne a perdu la guerre et, sans l’intervention financière et administrative musclée des américains, les allemands n’auraient eu aucune chance de devenir ce qu’ils sont aujourd’hui. Après y avoir élu domicile, les délégués américains ont, en gens pragmatiques, encouragé la RFA (République Fédérale Allemande) à s’impliquer dans ce que les allemands faisaient de mieux, à savoir l’industrie des machines-outils. Ces équipements étaient exportés dans le monde entier avec comme première destination, le marché US. Les initiatives américaines, ainsi que leur argent et celui de leurs partenaires du Moyen-Orient, ont dopé l’économie allemande qui s’est rapidement transformée pour s’imposer comme première puissance économique européenne. Comme corollaire, la puissance industrielle allemande a, en somme, balayé toute velléité de concurrence des autres pays membres de l’UE. La puissance économique germanique retrouvée, suppléée par leur force de vente, ont alors creusé, jusqu’à présent, le déficit des partenaires UE vis-à-vis des allemands. La plupart des pays du marché UE sont alors devenus débiteurs de l’Allemagne, ce qui a mis entre les mains des allemands un levier unique pour orienter à leur guise la politique financière, économique, industrielle et agricole de l’UE. En parallèle, cette métamorphose allemande doit vraisemblablement  avoir agi comme une drogue sur l’esprit des allemands qui ont commencé, dès la chute du mur de Berlin, à prendre progressivement leur distance vis-à-vis de leur mentor US.

Voyant cela, et une fois que les américains ont documenté ce comportement sur une période de temps  raisonnable, ils ont, à leur tour, commencé à défaire « les couronnes qu’ils avaient tressées auparavant à la RFA ». Certains observateurs pensent, dont nous-même, que la faillite de Lehman Brothers, banque d’investissement considérée longtemps comme la porte d’entrée des hommes d’affaires allemands sur le marché US, et le scandale de Volkswagen, aussi appelé « dieselgate », événements initiés aux USA, font partie d’un ensemble d’actes décidés par les américains pour châtier les allemands de leur comportement devenu hostile aux  intérêts de  l’Oncle Sam.

D’autres actions ont ensuite suivi qui ont durci l’entrée des produits « Made in Germany » sur le marché US. Les allemands ont supposément été touchés dans leur fierté et se sont alors tournés vers le marché Chinois comme solution de rechange. Mais, après quelques années, les hommes d’affaires allemands se sont rendus à l’évidence que ce marché asiatique était verrouillé de l’intérieur et beaucoup plus difficile à maîtriser que le marché US.

Or, l’économie allemande est accro à l’export. Pour cette raison, l’Allemagne semble n’avoir d’autre solution que de se réapproprier les marchés de notre continent africain. Considérant les règles européennes en application, ils doivent effectuer leurs démarches par le biais de l’UE dont ils maîtrisent parfaitement les rouages comme on vient de le dire.

Sous ce rapport, pour arriver à leur fin, les stratèges de l’UE avaient dans le passé l’habitude de montrer les crocs pour faire plier leurs homologues dans une  négociation. C’est cette agressivité qu’ils ont appliquée dans les négociations menées avec le Maroc dans les années quatre-vingt-dix par Monsieur Franz Fischler, alors commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural. Ils ont bien sûr réussi à nous fourguer ce qu’ils ont appelé pompeusement un accord d’association et qui doit être requalifié, selon nous, comme un accord de notre asservissement !

Mais, ce type d’entourloupe éculée (montrer les crocs) ne fonctionne plus avec nos pays africains. D’abord parce qu’il a assez servi et, par conséquent, devenu désuet. Ensuite, parce que les marchés de notre Continent sont convoités par tout le monde et, dorénavant, la préférence ira forcément au mieux-disant ce qui n’a souvent pas été le cas des entreprises UE. Enfin, peut-être que nous comprenons, nous les africains, chaque jour un peu mieux, que le Prestige allemand, que les responsables UE mettent en avant pour conduire leur  Business avec les autres, ne trompe plus personne. Il s’agit au mieux d’une réputation largement surfaite ou, plus simplement, d’un slogan de façade derrière lequel se cache le désir européen, constant depuis des siècles, de maintenir leur mainmise sur nos Matières Premières en particulier  et nos richesses en général.

Il reste que, seule l’entrée en vigueur effective de la Zleca (zone de libre-échange continentale africaine)  montrera à ces gens que nous sommes mieux placés pour gérer nos affaires africaines par nous-mêmes.

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